La religion “accompagne”, si l’on peut dire, la plupart des êtres de la naissance à la mort. Ceci est plus particulièrement marqué dans l’Église catholique romaine qui, plus que tout autre, a conservé les rites et l’ésotérisme. C’est ainsi que le prêtre apparaît déjà à la naissance et que le baptême est le premier des sacrements. Sept ans après environ, l’Église marque sa présence par la confirmation et sept ans plus tard encore le prêtre administre la première communion. Il bénit aussi le mariage et il est là, enfin, avant la mort, pour donner l'extrême-onction.
Ce sont là les grandes étapes de la vie et l’Église s’y associe. Elle s’y associe par des rites, des prières, des cérémonies. Mais, indépendamment de ces grands événements, il n’est pas un instant de l’existence où elle ne cherche à faire valoir les avantages et la nécessité d’une vie pieuse. Elle prévoit comme un minimum la confession et la communion annuelles; elle prévoit l’assistance (hebdomadaire) à la messe, à certaines fêtes religieuses. etc..
Elle intervient aussi d’une manière négative dans certains actes, comme le divorce, en déclarant l’indissolubilité du mariage et en empêchant - conséquence logique - une personne divorcée de se remarier.
Elle intervient enfin dans le développement de la famille en interdisant, sous peine de punition grave, tout moyen de limitation ou de contrôle des naissances.
En résumé, elle est, dans le présent comme elle le fut dans le passé, pour bien des gens, le fondement, la condition sine qua non d’une existence normale tant est ancrée en l’homme cette intuition qu’il y a un Créateur, qu'il y aune vie après la mort, que le bien doit triompher du mal, que tout effort sera récompensé.
D’autres églises ont simplifié - parce qu’elles n’en voyaient pas la nécessité, parce qu’elles n’en connaissaient pas le pourquoi et le côté occulte - un certain nombre de cérémonies et leur immixtion dans la vie de l’individu s’en trouve diminuée: l’homme est devenu plus indépendant de l’église. Cette liberté n’a guère amoindri en lui ce sentiment qu’il doit se confier à son Dieu et que ce n’est qu’à ce prix qu’il atteindra la félicité éternelle mais le culte collectif, l’intervention d’un intermédiaire (le prêtre), le cérémonial ont cédé un peu le pas à une plus grande initiative personnelle, à une plus grande indépendance religieuse, à une union plus directe entre le fidèle et son Dieu, parfois aussi à un isolement plus grand et à tout ce qu’il comporte.
Il faut reconnaître que l’influence de la religion s’amenuise. En toute bonne foi, il faut admettre qu’il y a un grand nombre de chrétiens qui ne le sont que nominalement. Celui qui ne va à l’église que par crainte, que “pour être du bon côté au moment de la mort”, que par peur du qu’en dira-t-on, notamment dans les régions à religion unique, que par intérêt commercial ou social, etc., ne mérite guère le nom de catholique ou plus généralement de chrétien.
Cette diminution de l’influence de l’église n’est du reste pas récente. En Grèce, les malades étaient conduits aux temples où les Esculape leur prodiguaient des soins et où des lits étaient aménagés pour les recevoir.
Au Moyen-Âge, l’église organisait la représentation de drames et de mystères.
Toute l’oeuvre philanthropique lui était dévolue et toute l’organisation sociale était en fait sous sa dépendance. C’était elle, souvent, qui était chargée de conserver les réserves de grains, etc. et d’entretenir les vieillards.
Il n’y pas très longtemps encore, c’était elle qui faisait le contrôle des habitants et tenait l’état-civil.
Toutes ces activités lui ont été retirées. Peut-on dire que cela lui a permis de concentrer ses efforts sur le développement et l’éducation spirituel des fidèles? C’est une question qui peut se poser.
Une autre marque du déclin de pouvoir est que le nombre de jeunes gens qui se vouent à la prêtrise est sans cesse en baisse et que des milliers de paroisses, dans un pays comme la France, sont dépourvues de prêtres.
L’homme est soumis à un processus évolutif. Sa conscience se développe. Les exigences de son mental sont plus grandes et, par conséquent, il a toujours plus tendance à ne faire que ce qu’il comprend, à ne croire qu’à ce qu’il voit et qu’à ce qu’il peut analyser et d’où divorce entre l’homme moderne et la religion.
La psychologie moderne confirme la théorie des plans et des niveaux de conscience.
Définir la conscience est une entreprise bien difficile, mais plus ardue encore sera la tentative de déterminer le moment où elle naît. Le plus simple et le plus logique me paraît de dire qu’il y a conscience dès l’instant où il y a notion, même très vague, de l’existence de la dualité. En effet, on ne peut imaginer une conscience qui ne débute pas par une différenciation entre le JE et le reste du monde.
Mais nous avons tellement pris l’habitude, en parlant de conscience, d’une part de penser à cette force intérieure qui nous guide dans le labyrinthe du bien et du mal et d’autre part, de ne songer qu’à l’homme, qu’il nous est très difficile de concevoir que la conscience ne peut pas émaner de rien, qu’elle ne peut pas avoir la perfection que nous lui connaissons dans l’homme sans avoir passé par toute la filière évolutive.
La conscience naît pour moi dès l’instant où un atome ressent le mouvement, les vibrations, la chaleur d’un autre atome. Elle naît d’une impulsion intérieure, sur le plan de l’atome, qui n’est autre que la vie divine qui anime tout et d’un appel extérieur qui a pour être ressenti, doit être violent (raz de marée, tremblements de terre, coups de grisou, chaleur ou froid intenses, coup de tonnerre etc.)
Ce processus - force intérieure et circonstances extérieures dont la rencontre crée l’expérience génératrice de la conscience - se poursuit tout le long de l’évolution
Ce n’est que beaucoup plus tard et par étape que la conscience est liée à des sensations plus subtiles, aux sens, (vue, odorat, toucher, ouïe, goût), au mouvement et qu’elle pénètre dans le domaine de l’intelligence et de l’intuition. Cela ne peut être saisi que si l’on pense en millions d’années.
Nous avons de la peine à comprendre que les cataclysmes
servent à l’évolution du règne minéral notamment
et ce n’est que
par la méditation que nous arrivons à ramener notre propre conscience
à celle d’un atome, apparemment immobile (ou d’une mobilité énorme
qu’il
ne ressent pas) qui à un moment donné pressent qu’il est
indépendant
de l’atome qui le côtoie, qu’il est le centre d’un
monde, qu’il est une conscience. C’est en fermant les yeux et
les oreilles, en s’abstenant de respirer, de bouger, dans une concentration
intense, en se
“rapetissant”, en s’abstenant surtout de penser qu’on
pourra peut-être
réaliser ce que j’entends. J’insiste: “en s’abstenant
de penser”, car cette
opération est toute sensitive et encore ce mot est peut-être trop
fort. Il faudrait dire: cette opération est toute palpation immobile
s’il n’y avait
contradiction dans ces termes; simple frôlement.
Je crois que tous mes
efforts sont inutiles pour expliquer cet état et que chacun doit le
réaliser pour lui-même.
Je m’excuse de vous demander cet effort. Il nous permettra peut-être
de réaliser que nous sommes tout à la fois des nains et des géants
et à
nous donner une conception nouvelle, extraordinairement vaste, du temps et
de l'espace.
Ce n’est qu’en partant du point, que nous pourrons voir l’évolution de la conscience immortelle qui seule importe alors que les formes, elles, sont passagères. C’est en partant du point que nous verrons le rôle de chacun des règnes de la nature.
Je ne vise pas en ce moment à une description de tout le processus de la conscience (Lire L’évolution de la conscience, d’Annie Besant.) telle que mon intelligence peut la concevoir. Ce serait hors de propos. Néanmoins cette introduction vous permettra de mieux me suivre par la suite.
Je puis résumer ce qui précède en disant que le minéral a “conscience” de l’existence du plan physique. Le végétal, lui, ressent déjà certaines sensations, le froid, le chaud, la caresse bienfaisante du soleil. L’animal qui peut se déplacer connaît déjà, parmi ses représentants les plus évolués des individualités qui sont sensibles à une caresse, à la douceur et à la colère.
L’homme maître de tout le plan physique, dominateur de toute la gamme des émotions, pénètre dans le domaine du mental et en devient peu à peu le régent, alors que les spécimens les plus avancés entrevoient l’existence de plans encore supérieurs.
Nous pouvons donc dresser le tableau schématique suivant, à condition de toujours avoir à l’esprit qu’il n’y a pas de saut dans la conscience et que chaque règne fait, par ses différents représentants plus ou moins évolués, le pont avec le règne suivant.
TABLEAU DE LA CONSCIENCE
(Les parties striées montrent la proportion de chaque niveau de conscience intégrée par chaque règne, sauf pour le règne sur-humain qui est naturellement maître de tous les plans inférieurs, mais qui a été représenté d’une manière différente pour montrer qu’il s’en écarte, vu leur “grossièreté”.)
Tableau tiré du “Corps causal” de
A.E. Powell.

Ne
pas confondre “intuition” avec “l’impulsion” qui
a rapport avec les désirs, les sentiments, les émotions.
L’intuition est une qualité à peine née chez
l’humain et qui lui permet de connaître l’essence des choses, “l’intérieur” des
choses et des êtres. |
|---|
Le
mental peut être
divisé en
mental supérieur (pensées abstraites, philosophiques etc..)
et mental inférieur (pensées concrètes en rapport
avec le physique etc..) |
Le
Physique grossier est celui que nous connaissons (solides, liquides,
gazeux); le physique supérieur comprend les éthers. |
Mais cette expansion de conscience, cette vie plus large, plus lumineuse, implique des servitudes. La connaissance développe le désir d’en connaître davantage. L’être capable de réflexion aura de plus en plus tendance à tout faire passer par le crible de la raison, de l’examen. S’il demande pourquoi, il ne sera plus satisfait si vous lui répondez “parce que”, pas plus que si vous lui dites “c’est un mystère” ou c’est trop difficile à comprendre pour vous. Et comme il ne trouve pas toujours lui-même la réponse à la question qu’il se pose, comme l’église ne dévoile pas ce qu’elle connaît souvent, il tombe dans l’athéisme, dans le doute et de là à décréter que tout n'est que fable, préjugés ou absurdités, il n’y a qu’un pas.
Ce fut là une des raisons principales de la réforme. Les prêtres ont commis des excès - c’est certain - surtout parce qu’ils ne comprenaient pas leur rôle, leur sacerdoce et toute la magie du culte, mais cela ne change en rien la valeur de celui-ci, s’il en a. Ces excès, d’autre part, sont venus comme pour renforcer les doutes qui naissaient dans le coeur des laïcs parce qu’eux non plus ne comprenaient pas.
Si votre religion vous satisfait. Si vous trouvez en elle l’aide morale et la force spirituelle dont vous avez besoin pour progresser - pour progresser réellement - si votre mental vous laisse tranquille, alors le moment n’est pas venu de chercher ailleurs, car il est bien évident qu’il y a de nombreux échelons dans l’évolution, de nombreux niveaux de conscience et qu’à chacun d’eux correspond une conception, un mode de vie. Au contraire, si vous souffrez du doute, si vous êtes torturé moralement parce que vous ne pouvez répondre aux questions que vous vous posez, si vous avez la tendance à blasphémer, non pas machinalement, par habitude, mais parce que le monde vous paraît injuste, si la maladie, la mort, les différences physiques, intellectuelles, morales, matérielles vous choquent et font de vous un révolté, alors vous regarderez votre religion avec un esprit critique et, du point de vue de la foi, vous vous trouverez en zone dangereuse. C’est à ce moment-là qu’il s’agira de répondre à ma question: Qu’attendez-vous de votre religion?
Mais ici une question se greffe sur la première, à savoir: considérez-vous que LA religion - je dis bien LA religion dans son sens le plus large, le plus inclusif - est un produit de l’imagination humaine, ou au contraire qu’elle est supra-humaine, divine?
Dans le premier cas, vous pouvez permettre à la religion toutes les faiblesses, toutes les imperfections et surtout toutes les lacunes; elle peut être stagnante ou rétrograde, partiale, limitée, anti-raciale - le chrétien blanc peut être l’ennemi du bouddhiste jaune et vice versa - elle peut devenir un instrument de la politique; elle peut être haineuse, calculatrice et intéressée, pratiquer l’ostracisme; elle peut devenir machinale - on fait une prière comme on marche, automatiquement -; elle peut oublier l’esprit et ne voir que la lettre; elle peut éluder toutes les questions qu’on lui pose; vous pouvez tout lui demander ou rien lui demander et cette causerie n’a aucun intérêt, puisque la religion n’est pas un Fonds de vérité divine auquel on peut puiser, puisqu’elle est surtout subjective.
Si, au contraire, vous accordez au terme “religion” un sens extraordinairement large; si elle n’est pas seulement le culte rendu à la divinité ou, comme dit Renan, “la part de l’idéal de la vie humaine”, ce qui suppose qu’elle peut être dissociée totalement ou partiellement de l’existence journalière; si elle est la Vie par excellence; si elle est dynamique, inclusive; si les trois aspects de la divinité
Le Père - aspect Volonté
le Fils - aspect Amour-Sagesse
le St. Esprit - aspect connaissance
sont exaltés et qu’ainsi elle donne son inspiration non seulement aux tempéraments mystiques, mais à l’homme d’État, à l’artiste et au savant parce que, pour elle il n’y a qu’un Tout; si elle ne cherche pas à mouler tous les êtres dans une forme unique et si elle reconnaît une valeur aussi grande à celui qui manifeste son adoration et son culte de la vie par un livre, une peinture, une recherche scientifique, un morceau de musique, une cérémonie où il met toute son âme, qu’à celui qui prie; si elle est vraiment universelle s’attachant moins à la forme qu’à l’esprit, si elle est faite d’amour, de compréhension et surtout de tolérance, mais d’une tolérance active et non pas indifférente, alors, dans ces cas-là, ma question “Qu'attendez-vous de votre religion?” a un sens.
Elle a un sens parce que la religion est si liée à la vie qu’elle se confond avec elle. Elle n’exige pas d'une demi heure par jour ou une heure par semaine - le culte du dimanche - mais elle est comme notre conscience, constamment en éveil, constamment encourageante, constamment dynamique, bienveillante, un aimant qui vous attire toujours vers le Bien, vers le Beau, vers le Vrai.
Elle ne peut remplir son rôle si vous êtes arrivé au stade mental dont j’ai parlé et où vous vous posez des questions qui si elle répond à ces questions, que si elle ne laisse aucun domaine de la vie dans l’ombre ou en dehors de sa juridiction.
Et cela n’est possible que si elle admet l’unité de la vie, non seulement de la vie humaine mais de la vie en général et la véritable religion doit vous présenter le monde comme une entité dont aucun être ni aucun règne ne doit dominer l’autre même si l’un est supérieur à l’autre. Le jour où ceci est admis, germe en vous un respect sans limite pour votre voisin immédiat, pour les êtres d’autres couleurs, d’autres religions, d’autres partis politiques, d’autres conceptions philosophiques et aussi pour tous les règnes animal, végétal et minéral. Rien de ce que vous touchez vous paraît vil ou dépourvu de la vie divine. Vous êtes dans un monde d’enchantement, vous voyez Dieu dans ses oeuvres, partout, en tout, et ayant cette vision vous vous efforcez d’agir comme vous le feriez si le Christ ou quelque autre instructeur se trouvait en permanence devant vous.
Ce que j’attends de ma religion, - ce message de Dieu à l’homme - sera donc qu’elle m’inculque un état d’esprit qui me permettra d’être heureux, de servir, de comprendre et pour cela, il faut qu’elle me donne tout au moins les grandes lignes me permettant de saisir ma position par rapport
au passé et à l’avenir,
aux autres règnes
aux autres races et religions
aux diverses disciplines intellectuelles et activités
etc.
Malheureusement, la plupart des religions (celles de l’Inde mises à part se contentent d’être religion et ne font que peu de place à la philosophie. Il en résulte qu’elles ignorent tout le passé, les millions d’années du passé et qu’elles affirment que l’humain est né de rien, brusquement, par la simple volonté de Dieu et cela dans un corps d’homme ou de femme, d’Adonis ou de laideron, intelligent, artiste, savant ou niais.
La religion en ce qui concerne l’avenir n’est guère plus explicite. Elle se présente comme un épouvantail qui vous promet - c’est le mot - une damnation ... ou une félicité éternelles, si bien que l’homme qui réfléchit se demande quel est de l’un ou le l’autre le sort le plus enviable.
En ce qui concerne les autres règnes, la religion n’en parle pas - comme s’ils n’avaient pas d’importance - et il parait, au chrétien notamment, tout naturel de les exploiter et de n’avoir pour eux ni considération, ni respect, comme si l’on pouvait attendre le bonheur tant qu’on n’est pas UN avec toute la création et tant qu’on n’en tire pas les conséquences (végétarisme, lutte contre la vivisection etc.). Mais l’atavisme est si marqué, les coutumes sont si ancrées, les habitudes si routinières que cela paraît une hérésie en notre temps, de mentionner ceci.
Si l’on reconnaît que DIEU EST LE CRÉATEUR DE TOUTES CHOSES, alors TOUTES CHOSES SONT DIVINES, alors les religions, les êtres, les races, toutes les activités, toutes les conceptions sont divins. Alors il y a Unité et il nous appartient de la découvrir et de la proclamer.
Les statistiques concernant les religions nous donnent les chiffres suivants: (d’après John B. Sparks)
| Millions | % | ||
|
80 |
de fétichistes, magiciens |
4.00 |
|
|
260 |
Confucianisme, Taoisme |
13.00 |
|
|
300 |
Mahométans |
15.00 |
|
|
15 |
Hébreux |
0.80 |
|
|
100 |
Grecs orthodoxes |
5.00 |
|
|
320 |
Catholiques romains |
16.00 |
|
|
220 |
Chrétiens protestants |
11.00 |
|
|
20 |
Sociétés d'éthique, église unitairienne, philosophes |
1.00 |
|
|
50 |
communistes (il est assez curieux de les voir classés dans les religions, mais on comprend dans quel sens cela a été fait. |
2.50 |
|
|
240 |
Hindous, Sikhs, Jains |
12.00 |
|
|
180 |
Bouddhistes et Lamaistes |
9.00 |
|
|
170
|
Primitifs, adorateurs de la nature |
8.50 |
Ce tableau, en fait, est quantitatif mais il reste suffisamment de place, sur la droite, pour y insérer une colonne dans laquelle, chaque lecteur pourra indiquer, en pourcentage, et pour lui-même, la valeur qualitative des adhérents de chaque religion. Autrement dit, quel est le pourcentage d’êtres qui méritent le nom de chrétien, de Mahométans etc.
Une autre colonne pourrait indiquer le pourcentage, pour chaque religion, d’êtres qui ont choisi cette religion parce qu’ils l’ont étudiée et qui la connaissent à fond et non pas parce qu’ils “sont nés dans cette religion”. Autrement dit, combien y a-t-il de chrétiens qui seraient chrétiens s’ils étaient nés aux Indes par exemple? Ceci est naturellement, valable pour toutes les croyances.
Aucune religion n’est donc universelle, mais cela n’empêche s chacune d’elles (où presque; exception de nouveau pour l’Inde) de proclamer qu’elle est LA religion, qu’elle possède toute la vérité, tant l’homme est imbu de lui-même. Mais la même prétention se constate dans les races. Les blancs ne sont qu’une minorité et se croient supérieurs en tous les domaines. Et j’ai entendu des nègres américains exprimer un profond mépris pour des blancs, des juifs et surtout des jaunes.
Ce qu’ont doit attendre de la religion, c’est qu’elle explique ces problèmes, car il y a des solutions (Réincarnation, loi d’action et de réaction, évolution de la matière et de la conscience - etc.); c'est aussi qu’elle contribue à l’évolution du monde.
Que ferait l’humanité sans
les savants?
Que ferait l’humanité
sans les artistes?
La vie ne se conçoit pas sans eux et cependant les religions ne leur font une place que dans la mesure où ils font une certaine profession de foi et à cause de cette profession et non pas de leurs recherches, de leur savoir, de leur talent artistique.
Le résultat de cette méconnaissance du rôle que joue toute une partie de la population est que celle-ci s’écarte de la religion et se met même en lutte ouverte contre elle, alors que si l’on voulait la science pourrait devenir religieuse et la religion scientifique.
Si l’on croit en un créateur, comment imaginer que, par exemple, 65 % de la population - ceux qui ne sont pas chrétiens - puissent être an dehors de son contrôle? Comment supposer que seuls les êtres de certaines races sont ses enfants? Comment croire qu’Il pourra vous damner parce que vous n’avez pas suivi certains rites ou prononcer certaines formules, alors que toute votre vie comme savant ou artiste a été un service pour l’humanité?
Ce sont des conceptions si élémentaires qu’on a peur de les émettre. Mais alors si c’est si simple, il faut que notre religion nous donne des explications logiques et crée l’état d'esprit de l’unité.
Lorsque ma position par rapport au passé, à l’avenir, à tout ce qui m’entoure, me paraîtra plus clair et qu’une philosophie saine sera incorporée à la religion, alors celle-ci - c’est tout au moins ce que j’en attends - devra pouvoir m’expliquer et m’aider à comprendre toutes les divergences et les diversités de la création.
J’ai en moi des forces qui agissent et qui me dominent. Je puis les classer, les analyser, cataloguer leur résultat. Ce sont là des activités intellectuelles mais elles prennent toute leur importance par le fait que les forces en cause je les subis et que je ne puis à aucun moment m’en dissocier. Ce n’est plus de la psychologie ou de la philosophie, c’est la VIE et c’est pourquoi la religion de l’unité, la seule vraie religion, ne peut les ignorer.
Ces forces sont: le sexe, l’économique, le pouvoir. Ce sont peut-être les seuls domaines où il existe une certaine égalité, car ces impératifs nous aident et nous entravent tous sans exception. Ils nous aident dans la mesure où nous les mettons au service de l’évolution. Ils nous entravent dans celle-ci si nous sommes leur esclave.
Ils sont plus forts que nous. Ils sont une manifestation du divin. Imaginer un instant un monde où ces trois forces n’existeraient pas. Ce serait un monde de stagnation, un monde sans espoir. C’est pourquoi nous devons voir en elles la manifestation du Divin.
Toute la continuation des races:
serait entravée sans le sexe
et les plaisirs ou le plaisir qu’il comporte.
Toute l’industrie, le commerce,
la culture seraient inexistants si, tel certaines plantes, l’homme ne
vivait que d’air et n’avait pas besoin de gagner son pain, de
peiner pour vivre et pour se loger.
Aucune activité quelconque ne pourrait se développer si l’homme n’avait pas en lui le désir du pouvoir, le désir de posséder, le désir d’être, le désir de jouir de la vie.
L’homme moderne, intellectuel, attend de sa religion qu’elle le guide et celle-ci si elle veut être le reflet de la puissance divine doit sublimer et exalter le côté positif de ces impératifs. Les problèmes qu’ils font naître ne pourront s’acheminer vers une solution que lorsque la philosophie ou plutôt la religion – puisqu’elle est susceptible de galvaniser un plus grand nombre d’hommes, - aura inculqué à chaque croyant l’idée que ces domaines sont sacrés et que tout acte sexuel, économique ou de gouvernement est un acte saint, une coopération avec le Divin.
Je m’empresse d’ajouter qu’il ne s’agit pas ici, pour l’église, de jeter l’anathème sur tel ou tel acte, de menacer de punition tel ou tel autre. Les résultats ainsi obtenus sont factices, sans valeur et touchent à l’hypocrisie, à la ruse. Ces méthodes n’agissent qu’au début de l’évolution mais pas sur ceux qui ont le mental développé. Au contraire, si on réussit à créer cette ambiance d’unité et si l’individu développé “sent” cette unité, plus aucun mouvement, plus aucun acte, plus aucun sentiment, plus aucune pensée ne se trouvera isolée ou considérée comme étant sans importance. Il sera en euphorie perpétuelle parce qu’il essaiera de suivre le plan de l’évolution et de la divinité, même si celle-ci lui apparaît lointaine, insaisissable, quel que soit le nom qu’il lui donnera ou la représentation qu’il s’en fera, s’il croit devoir encore s’en faire une.
On est émerveillé en étudiant ces impératifs de la sagesse divine et de ses méthodes.
Les trois impératifs dont je viens de parler ont une puissance incommensurable. Ils constituent le plus bel exemple du déterminisme dans les milieux (je souligne) où l’intelligence, l’intuition et le spirituel n’existent qu’en potentialité. Ils agissent avec un automatisme presque complet et c’est vraiment la main divine - la main du hasard disent certains - qui dirige l’individu. Puis lentement, très lentement, ce que l’on appelle la conscience le fait évoluer.
Dès que ces trois impératifs commencent à être jugulés et à agir sous l’impulsion de la réflexion, trois autres plus nobles apparaissent. J’en ai déjà parlé c’est le désir du beau (l’art), le désir de savoir (la science), le désir de s’unir au divin (la spiritualité).
Il y a enfin un septième impératif: la peur, le doute, qui lui aussi est un précieux moyen d’évolution.
Tous ces domaines doivent être étudiés et spiritualisés. Ils doivent devenir religieux dans le sens le plus large de la collaboration, de la tolérance, de l’unité, du service pour l’humanité.
Lorsque la religion touche à l’occulte, lorsqu’elle utilise les signes de pouvoir (signes de croix par ex.), les mantrams (formules magiques), les vêtements sacerdotaux, les couleurs et les sons, elle charme et frappe ceux dont le développement est surtout émotionnel et, parfois, les intuitifs et elle fait ainsi un travail occulte magnifique avec la participation passive des fidèles. Mais lorsque ceux-ci font un pas de plus en avant et développent l’intellect, ils veulent qu’au charme du rite s’ajoute la compréhension et comme, du point de vue psychologique la conscience se centre toujours sur le niveau (L’être dont le niveau de conscience est émotionnel n’est pas dépourvu de l’intelligence dont il a besoin pour vivre normalement mais elle joue un rôle secondaire et tous les événements sont vus du point de vue émotionnel, avec la “logique” de l’émotion. De même l’être dont le niveau de conscience est centré sur le mental aura tendance à tout faire passer par les cribles de l'intelligence, même par exemple les représentations artistiques où le sentiment et l’émotion devraient avoir la première place) à dominer et fait tout passer par ce niveau, si nous ne donnons pas satisfaction à son intellect, il aura tendance à rejeter tout, même ce qui serait susceptible d'aider son évolution par l’émotion.
L’intellectuel moderne demande de sa religion qu’elle lui explique le côté caché des choses et des rites, qu’elle lui explique en particulier les sacrements, “ces grâces intérieures et spirituelles qui nous sont données par l’intermédiaire d’un signe extérieur et visible”.
Le baptême et la confirmation ne prennent leur véritable sens que lorsque l’homme connaît sa constitution occulte, ses divers véhicules et lorsqu’il s’est convaincu par le raisonnement de l’existence des mondes subtiles.
En d’autres termes, j’attends de ma religion qu’elle élargisse mon horizon et qu’elle s’efforce de me faire comprendre l’unité de la vie et du monde. Certaines de ses affirmations seront sans doute au delà de mes pouvoirs de contrôle mais si certaines ont pu être vérifiées et si les autres me sont présentées avec bon sens et selon un plan logique, je pourrai les accepter, sous bénéfice de contrôle ultérieur.
La religion doit revêtir trois formes: elle doit être philosophique, elle doit être éthique, elle doit être mystique. Dans la philosophie, elle peut englober le monde des savants, dans le domaine de l’éthique, elle peut englober tous ceux qui veulent la paix et l’unité du monde, dans le domaine du mysticisme, elle doit pouvoir englober tous les méditatifs, les cérémonialistes.
Mais il ne faut pas qu’elle s’accroche au passé. Et je m’explique. Les grandes vérités qu’elle enseigne subsisteront toujours et il n’est pas besoin de s’agripper à elles en ignorant la vie. Si la religion veut vivre, elle ne peut pas donner les mêmes enseignements aux campagnards d’un pays reculé et non développé et aux savants universels. Son trésor est immense et pas plus que le professeur ne perd son savoir en le transmettant à ses élèves, pas plus ne perdra-t-elle de sa connaissance en la vulgarisant. Son prestige augmentera en proportion de la satisfaction qu’elle donnera à l’intelligence des humains. Mais il ne faut pas, comme maintenant, qu’elle soit à s’a remorque.
Les sociétés de spiritualistes, les sectes, les groupes étudiant le Yoga sont de plus en plus nombreux La recherche de la vérité prend une forme intellectuelle. J’attends de ma religion qu’elle m’enseigne le mécanisme de la prière, de la force de la pensée, qu’elle ne laisse plus uniquement à mon bon sens ou à mon intuition le soin de trouver la voie dans les mondes supérieurs et le contact avec des êtres plus élevés.
Je ne me lasse jamais de dire que la théosophie n’est pas une religion car elle n’a ni clergé, ni église, ni sacrements, ni objets de culte, ni credo, ni chants liturgiques et que ses chefs sont élus démocratiquement. En revanche, si elle n’est pas UNE religion, je crois qu’elle a à sa base l’état d’esprit que doit avoir LA religion.
Pour elle, il n’y a rien au-dessus de la vérité. Pour elle, la fraternité n’est pas une croyance mais un fait. Pour elle, toutes les religions ne sont que des facettes de la vérité Une et c’est pourquoi elle accepte dans ses rangs des gens de toute confession, sans leur demander ni de changer, ni de modifier leur appartenance à un groupe religieux. Pour elle, les religions sont des voies, mais la science, l’art et le cérémonial en sont d’autres. Elle n’exclut rien. Elle inclut tout.
Elle ne croit pas que le mal, le laid, soient des absolus mais qu’ils se modifient et qu’on peut en tirer quelque chose, tout comme on tire un diamant de sa gangue. Elle voit tout en évolution et elle croit que rien n’est possible sans elle.
Parce qu’elle voit l’unité dans le monde, elle voit la fraternité partout.
Parce qu’elle sait que nous avons passé par tous les stades de l’évolution, même les plus élémentaire, elle est tolérante dans le sens de compréhension et non pas de licence, bien entendu.
Elle ne condamne jamais. Elle cherche toujours à éduquer. Elle veut l’union des êtres de bonne volonté, sans distinction de race, de sexe, de credo, de situation sociale. Elle croit à la valeur de l’exemple et à la puissance de la pensée, de l’intelligence et de l’intuition.
Elle accepte avec joie dans ses rangs ceux qui ont l’idéal de fraternité et qui sont prêts à faire des efforts pour l’atteindre mais elle exige d’eux qu’ils respectent la liberté des autres comme on respecte la leur. Elle ne fait pas de prosélytisme parce que, pour elle, c’est la spontanéité et là sincérité d’un acte qui lui donne du poids et l’expérience, personnelle et non la connaissance livresque qui compte. Par son organisation elle peut aider chacun à suivre sa propre voie et à mieux comprendre sa religion, son entourage, la vie.
Elle droit que le monde irait beaucoup mieux si chaque fidèle pouvait réellement vivre sa propre religion et si les quelques principes que j’ai évoqués étaient suivis par les religions.
Ce que j’attends de ma religion? En résumé:
1. C’est qu’elle tienne compte des niveaux de conscience de chaque individu, qu’elle assiste aussi bien le nègre inculte par les moyens adéquats que le savant le plus instruit;
2. C’est qu’elle tienne compte des diverses voies d’évolution: celle du politicien et du militaire, celle du savant, celle de l’artiste, celle du mystique, celle du ritualiste etc. et qu’elle les guide en les incorporant par son côté philosophique en son sein;
3. C’est qu’elle brise ses limites et ses dogmes pour créer une fraternité réelle, une unité avec toutes les religions, admettant que chaque religion est une voie particulière pour arriver à Dieu;
4. C’est qu’elle donne une explication plausible des races, des différences, physiques, émotionnelles, intellectuelles, de fortune etc.;
5. C’est qu’elle inculque à chacun un respect tel de la personnalité d’autrui que tout conflits personnel, social, entre patrons et ouvriers, entre races, entre sexes, s’apaiseront ou seront empêchés de naître;
6. C’est qu’elle éclaire les problèmes économiques, de sexe, de pouvoir etc. et nous inculque l’esprit permettant de les résoudre à la satisfaction de tous;
7. C’est qu'elle m’explique tous les actes religieux - ce qui me permettra de mieux y participer -, car ils ont une valeur intrinsèque;
8. C’est qu’elle soit là constamment par son enseignement et surtout par la force intérieure qu’elle aura mis en moi, dans la vie journalière;
9. C’est qu’elle m’ouvre la voie à la connaissance occulte de l’autre monde;
10. C’est qu’elle me donne l’état d’esprit de celui qui sait ce qu’est l’unité et, alors, ce qui me parait sacrifice maintenant sera joie et épanouissement;
11. C’est qu’elle fasse de moi un véritable collaborateur de Dieu, dont la caractéristique sera le respect qu’il aura pour lui-même, pour tout être, pour toute chose, pour tout règne, à tout instant, en toute circonstance, un respect fait d'amour et de compassion.
Ce que j’attends de ma religion? C’est qu’elle m’inspire tant que je serai heureux partout, en toute circonstance, et que mon bonheur s’accroîtra dans la proportion où je respecterai les autres et les rendrai heureux. C’est qu’elle fasse naître en moi un tel amour pour tous que ma vie sera une méditation continue et chaque seconde une union mystique par tout ce que j’aurai à coeur, religion, art ou science. C’est qu’elle me donne ce que toutes les religions donnent, mais beaucoup plus encore.
Pour arriver à cela, il faut que je comprenne. Il faut étudier certaines lois, la réincarnation, la loi d’action et de réaction, la force de la pensée, l’évolution.
Quelle est la religion qui m’aidera? Quels sont les fidèles qui sont prêts pour cet effort?
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